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Un week-end gastronomique à Séville — ce qu'on a vraiment mangé

Un week-end gastronomique à Séville — ce qu'on a vraiment mangé

Les règles qu’on s’est fixées avant d’arriver

Mon partenaire et moi avons visité Séville trois fois au fil des années, et on s’est mis d’accord avant ce voyage d’avril : ne pas manger dans un rayon de 200 mètres de la cathédrale, pas de paella (ce n’est pas un plat sévillan, peu importe ce que chaque menu pour touristes prétend), et au moins deux repas par jour debout au comptoir plutôt qu’assis en terrasse. Cette dernière règle est la décision financière la plus importante qu’on puisse prendre à Séville — les prix à la barra sont généralement 20 à 30 % inférieurs aux prix en terrasse, le service est plus rapide, et la cuisine est souvent meilleure parce que les cuisines envoient leur meilleur travail au comptoir où les locaux regardent.

On est arrivés un jeudi soir à mi-avril, ce qui s’est avéré être un timing idéal : chaud sans être encore trop chaud (22 °C à 19 h), les foules de la Feria de Abril de la semaine précédente s’étaient dispersées, et la ville était dans un état de décompression agréable.

Jeudi soir : El Rinconcillo et Triana

On est allés directement de l’hôtel à El Rinconcillo sur la Calle Gerona, qui se prétend être le plus vieux bar de Séville (établi en 1670, bien que le bâtiment actuel date du XIXe siècle). Les tapas sont notées à la craie directement sur le comptoir en bois devant vous, les serveurs sont efficaces et expérimentés, et les croquetas de jamón comptent parmi les meilleures que j’aie mangées en Espagne — croustillantes, pas grasses, avec une garniture qui a le goût d’un vrai jamón ibérico correctement séché plutôt que du mélange de jambon générique des versions bon marché.

On a eu : des croquetas de jamón (2,80 € chacune au comptoir), des espinacas con garbanzos (épinards aux pois chiches, un classique sévillan, 4,20 €), et une media ración d’hígado a la plancha (foie grillé, 5,50 €). Deux verres chacun de Manzanilla de Sanlúcar, 2,10 € chacun. Total pour deux : 25,60 €. Pas la nuit la moins chère de Séville, mais El Rinconcillo mérite vraiment sa réputation.

Après El Rinconcillo, on a traversé le Guadalquivir vers Triana pour un second tour. Le Bar Santa Ana sur la Plaza de Santa Ana est le genre d’endroit décrit si souvent comme « joyau caché » qu’il ne l’est plus vraiment, mais la qualité reste. On a partagé une assiette de boquerones en vinagre (anchois marinés au vinaigre, 4,80 €) et quelques berberechos (coques dans leur jus, 5,20 €) avec une Cruzcampo froide chacun. La table d’à côté avait une assiette de chicharrones — couenne de porc — qu’on n’a pas commandée et qu’on a profondément regretté de ne pas avoir commandée.

Vendredi : le marché de Triana et un cours de cuisine

La matinée du vendredi a commencé au Mercado de Triana, le marché couvert installé dans une fortification du XIXe siècle reconvertie. Le marché est divisé entre un rez-de-chaussée de stands de produits frais — légumes, poisson, viande, fromage — et une rangée de bars et restaurants le long de l’arcade intérieure. On a d’abord fait le tour des étals, en regardant le comptoir poisson : lubina (bar), dorada (daurade), choco (seiche), et les extraordinaires gambas de printemps de Sanlúcar qui coûtent 18 €/kg et valent chaque centime.

Pour le petit-déjeuner, on s’est assis à l’un des bars du marché et on a pris une tostada con aceite y tomate — pain grillé frotté à la tomate, arrosé d’huile d’olive — pour 2,20 € chacun. C’est le petit-déjeuner correct à Séville. Les versions servies dans les zones touristiques avec des dés de tomates dans un petit bol sont une imitation inférieure.

L’après-midi, on a fait un cours de cuisine qui commençait par une visite guidée du marché avant de passer en cuisine pour la partie pratique :

Séville : cours de cuisine espagnole de 3,5 h et visite du marché de Triana

Le cours couvrait le gazpacho (pas la version industrielle en boîte mais un vrai avec du pain trempé dans l’eau), le salmorejo (le cousin cordouan plus épais), la tortilla española, et une joue de porc braisée lentement au xérès. L’instructeur était un cuisinier professionnel nommé Alejandro qui avait fait ses armes à Madrid avant de revenir à Séville. Il était clair, patient, et honnête sur les raccourcis que les cuisines professionnelles utilisent et que les cuisiniers à la maison devraient aussi utiliser (l’astuce avec la tortilla, c’est de laisser reposer les oignons vingt minutes avant d’ajouter les œufs — la différence est significative).

Le cours dure environ 3,5 heures et se termine par un repas de tout ce qu’on a cuisiné, plus du vin. À 80–90 € par personne, c’est ce qu’on a dépensé de plus cher sur le week-end, mais on repart avec des techniques qu’on a réellement utilisées depuis.

Vendredi soir : la vraie tournée des bars

Plutôt qu’une deuxième expérience guidée, on a fait notre propre circuit du soir à travers trois bars dans le quartier de l’Alameda de Hércules, qui a la meilleure concentration de bars à tapas non touristiques de la ville.

Bodeguita Casablanca sur la Calle Adolfo Rodríguez Jurado : petite, animée, bonne planche de jamón et une remarquable tortilla camarón — beignet de crevettes fin et croustillant plutôt que la version épaisse et moelleuse qu’on trouve ailleurs. 4,20 € pour une portion généreuse.

Bar La Alicantina près de la Plaza del Salvador : les coquinas (petites palourdes à l’ail et au vin blanc) sont la raison de venir. 6,80 € pour une ración. Ils font aussi un très bon espirituano — un cocktail spécifique à Séville à base de bière, d’eau gazeuse et d’un trait de vermouth — pour 3,50 €.

El Tremendo sur la Calle San Eloy : bondé et chaotique, mais l’assiette de poissons frits (boquerones, pijotas, puntillitas) à 9 € pour une ración est la meilleure version que j’aie trouvée à Séville. Les serveurs opèrent à un rythme qui frise l’agressivité, mais la cuisine est vraiment excellente.

Total pour le vendredi soir, vin et bière dans chaque bar inclus : 52 € pour deux personnes. C’est comme ça que manger à Séville fonctionne quand on le fait bien.

Samedi : la visite gastronomique

Le samedi matin, on a rejoint une visite gastronomique guidée — le genre avec un petit groupe et un guide local qui sait quels bars fréquenter, quand arriver, et quoi commander :

Séville : visite gastronomique des saveurs, tapas et traditions

La visite dure environ 3,5 heures, couvre cinq ou six arrêts dans les quartiers de Santa Cruz et El Arenal, et inclut nourriture et boissons à chaque étape. C’est une bonne introduction au format tapas si vous ne l’avez jamais pratiqué, et le contexte historique apporté par le guide — sur pourquoi Séville est devenue la capitale des tapas qu’elle est, sur le rôle du comptoir de bar dans la vie sociale espagnole — est vraiment intéressant.

Ce que je dirais aux voyageurs expérimentés : la visite couvre des plats que j’avais déjà mangés les jeudi et vendredi soirs, et les bars qu’elle fréquente sont plutôt bien connus plutôt que les trouvailles de quartier que je préfère. Mais c’est bien organisé, la qualité des plats est bonne, et pour une première visite dans la scène culinaire sévillane, c’est un moyen efficace de beaucoup manger et de comprendre le contexte.

Samedi après-midi : les marchés et ceux qu’on ne connaît pas

Après la visite, on est allés au Mercado de la Encarnación (le marché sous les Setas/Metropol Parasol), qui est tout à fait correct pour les produits locaux mais bien plus orienté touristes que Triana. Vaut un coup d’œil, pas la peine d’en faire le centre de son programme.

Plus intéressant : un tuyau donné par le guide de la visite gastronomique — le marché du samedi matin de l’Alameda de Hércules, qui se tient jusqu’aux alentours de 14 h et vend surtout des produits bio, des fromages locaux et des produits alimentaires artisanaux. On a trouvé du Manchego d’une petite laiterie de la province de Cadix, un pot de miel d’une ruche près de Doñana, et une bouteille de Palomino biodynamique de Jerez — le tout à des prix de producteur plutôt que de boutique touristique.

À quoi ressemble vraiment la scène culinaire sévillane

L’évaluation honnête : Séville est l’une des meilleures villes gastronomiques d’Espagne, mais seulement si on est prêt à chercher les bons endroits. La zone touristique autour de la cathédrale et du Barrio Santa Cruz abrite certaines des pires cuisines d’Andalousie — chère, médiocre, et positionnée pour attraper les visiteurs qui viennent de passer trois heures à l’Alcázar et sont trop fatigués pour marcher plus loin.

La vraie cuisine est à Triana, à l’Alameda, à El Arenal quand on s’éloigne des rues centrales, et de plus en plus dans la Macarena. Pour un guide pratique sur la façon de s’y retrouver, le guide des meilleures tapas de Séville et le guide gastronomique du marché de Triana valent tous les deux la peine d’être lus avant votre arrivée.

La force spécifique de la ville est le poisson frit — la tradition du pescaíto frito est prise très au sérieux ici d’une façon que même les villes côtières peinent parfois à égaler. Le salmorejo est meilleur qu’à Cordoue (où il est originaire) dans au moins deux bars que j’ai fréquentés. Et la sélection de Manzanilla et de Fino de la région du Xérès, disponible au comptoir pour 2 à 3 € le verre, est une catégorie de vin qui mérite plus d’attention internationale qu’elle n’en reçoit.

Récapitulatif budgétaire d’un week-end gastronomique

PosteCoût
El Rinconcillo (dîner jeudi, 2 personnes)25,60 €
Bars de Triana (jeudi, 2 personnes)18,40 €
Petit-déjeuner au marché (vendredi)4,40 €
Cours de cuisine (2 personnes)170 €
Circuit de bars vendredi soir (3 arrêts, 2 personnes)52 €
Visite gastronomique (samedi)90 €
Shopping au marché samedi après-midi38 €
Total~398 € pour 2 personnes

Soit 199 € par personne pour un vrai week-end centré sur la gastronomie. Le cours de cuisine représente la majorité du budget ; sans lui, le week-end descend à moins de 130 € par personne, ce qui est extrêmement raisonnable pour ce niveau de restauration.

Questions fréquentes sur la cuisine à Séville

Séville est-elle une bonne destination pour les végétariens ?

Mieux qu’on ne pourrait le croire. Les espinacas con garbanzos, les alcachofas (artichauts), et les berenjenas con miel (aubergines au miel) sont toutes des tapas sévillanes traditionnelles sans viande. Le défi vient des risques de contamination croisée dans les cuisines qui travaillent aussi beaucoup avec le jamón — si vous êtes végétarien strict plutôt que flexitarien, demandez spécifiquement pour les surfaces partagées.

La paella est-elle un plat sévillan ?

Non. La paella est valencienne. Les plats de riz sévillans sont des préparations différentes — arroz caldoso (riz en bouillon), arroz con pollo (riz au poulet). Tout menu qui annonce une « paella traditionnelle de Séville » vous en dit long sur la cuisine.

Quelle est la fourchette de prix typique dans les bars à tapas ?

Au comptoir : tapas individuelles 2 à 4 €, media ración 5 à 8 €, ración complète 9 à 14 €. En terrasse dans les zones touristiques : ajoutez 20 à 30 %. Boissons au comptoir : bière 1,80 à 2,50 €, verre de vin ou de Manzanilla 2 à 3 €.

Quelle est la meilleure heure pour manger ?

Les Sévillans mangent tard. Le service du déjeuner commence vers 14 h et se termine à 16 h 30. Les bars à tapas se remplissent à partir de 21 h pour le dîner. Arriver à 19 h pour dîner, c’est manger avec des touristes, pas avec des locaux.

Les visites gastronomiques valent-elles le coup à Séville ?

Oui, pour les premiers visiteurs qui veulent comprendre la culture culinaire et obtenir des recommandations fiables. Pour les visiteurs habitués qui connaissent déjà les bars de la ville, l’itinéraire indépendant est plus souple et révèle généralement de meilleures découvertes.